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Jean Michel Aphatie 08 mai 2007 Lien permanent
Itv François Hollande 08/05
François Hollande, premier secrétaire du parti socialiste, était l'invité de RTL, ce matin, à 7h50. La voix encore prise par le sommeil, il a expliqué que sa voiture n'avait pas démarrée. Notre entretien s'est donc déroulé par téléphone.
Quel souffle ce quinquennat! Démarrage sur les chapeaux de roues. Rupture à tous les étages. Une autre époque. Du style, et du flamboyant. On pouvait penser, sottement, qu'après le dimanche électoral, les deux ou trois jours suivants seraient mornes, ou plats. Tu parles! Feu d'artifice à gauche, feu d'artifice à droite. Le problème, c'est par où commencer. Tiens, à gauche.
Une image saisie au vol, dans les journaux télévisés du soir. Dominique Strauss-Kahn est sur le trottoir de la rue de Solferino, face aux journalistes. La veille, il avait dégainé son revolver social démocrate, expliquant qu'il était disposé à suppléer la candidate socialiste défaillante. Hier, marche arrière. On l'aurait mal compris. Rien de personnel dans son propos. L'union des socialistes. Aucun problème. Ségolène formidable. La social démocratie attendra. Ca fait cinquante ans qu'elle attend en France.
Ce matin, François Hollande sur RTL. Qui dirige le Parti socialiste? Qui en est le patron? Le leader? Le boss? Le taulier? C'est moi, a répondu François Hollande. Moi, moi, moi. Et pas Ségolène Royal. 16,8 millions de suffrages se sont portés sur son nom, mais elle a été battue. Elle doit donc réintégrer la longue cohorte de ces dirigeants socialistes que l'on surnomme les éléphants. La voilà, selon François Hollande, éléphante elle aussi, rentrée dans le rang, pas plus autorisée que d'autres à parler au nom de la grande famille unie.
Partage-t-elle ce jugement? Se pliera-t-elle à la loi commune? Le score de dimanche a lézardé la façade déjà fendue du parti socialiste. Incertain sur le programme, hésitant sur la stratégie, divisé entre chapelles, courants et personnalités, le parti socialiste aborde les élections législatives des 10 et 17 juin dans les pires conditions. Un conseil national, convoqué samedi, essaiera de mettre de l'ordre dans le bazar.
Ségolène Royal sera-t-elle, elle même, candidate aux élections législatives? Voilà déjà plusieurs semaines, par hostilité officielle au cumul des mandats, elle avait annoncé qu'elle ne se représenterait pas, qu'elle que soit l'issue de l'élection présidentielle, dans sa circonscription des Deux-Sèvres. Une responsable socialiste parisienne a même été investie à sa place, Delphine Bato, qui mène la campagne sur le terrain.
Dimanche soir, à 20h02, les derniers bureaux de vote à peine fermés, la candidate socialiste a manifesté son désir de poursuivre l'aventure. Quelque chose s'est manifesté, qui ne retombera pas, a-t-elle dit en substance. Peut-elle continuer à porter, comme elle le souhaite, le flambeau de la gauche, si elle n'est pas candidate aux élections législatives? Et peut-elle l'être au prix du parjure, c'est à dire ne revenant sur la parole et en poussant sur le côté celle qui l'a déjà remplacée?
Interrogé ce matin sur le sujet, François Hollande ne s'est pas montré très coopératif envers elle. Tout est ouvert, a-t-il dit, sous entendant ainsi que Ségolène Royal pourrait être effectivement absente des élections législatives. Un élément parmi d'autres qui renforce le sentiment que ce parti traverse une période profonde de désarroi, ce qui n'est pas la meilleure garantie de l'efficacité devant l'opinion publique.
Et Nicolas Sarkozy, pendant ce temps, où est-il? Il vogue sur les eaux bleues de la Méditerranée, dans un yacht de 60 mètres de long, ce qui ne doit pas être petit mais ne me dit personnellement rien de précis, n'ayant à ce jour jamais mis les pieds sur un yacht, même de dix mètres.
Les vacances de Nicolas Sarkozy, qui interviennent après une nuit passée dans un palace, commence à user beaucoup de salive. L'éditorialiste du Figaro, Yves Trhéard, qui participait hier soir, sur RTL, à l'émission de Nicolas Poincaré, "On refait le monde", notait avec humour qu'il se comportait comme quelqu'un qui avait gagné au Loto. Le bon mot s'échangeait, ce matin, autour du café matinal, dans la rédaction, en l'absence de François Hollande, je le rappelle, puisque sa voiture n'a pas démarrée.
Au delà de l'ironie, qui n'est pas toujours légère, les vacances de M. Sarkozy posent quelques questions au journalisme qu'il a intérêt à poser sous peine de se voir accuser de servilité par tous ceux, ils furent nombreux durant la campagne qui pensent que le journalisme, et donc les journalistes, sont vendus au grand capital.
Combien a coûté la suite du palace? Le nouveau président de la République a-t-il acquitté la facture? Ou bien le propriétaire du dit palace, trop heureux de l'honneur, l'en a-t-il dispensé? Et si tel était le cas, serait-ce bien raisonnable d'accepter des cadeaux de cette nature quand on est devenu, par la grâce du suffrage universel, le premier des Français? Mêmes questions à propos de l'avion privé qui a amené toute la famille, désormais présidentielle, à Malte, puis à propos du yacht qui, si l'on a bien compris le périple, devrait aller jusqu'en Corse.
Ces questions dérangent. On aimerait que la politique nous dispense de les poser, que les attitudes soient plus simples, plus transparentes. La question n'est pas ici celle de la légitimité du repos, mais celles des conditions du repos. Elles sont posées aussi souvent que nécessaire dans toutes les démocraties qui nous ressemble. Régulièrement, Tony Blair doit rendre des comptes à propos de ses vacances qui ont souvent un petit air d'extravagance. La vie publique comporte ce genre d'obligations. On ne demandera jamais ce type de comptes à quelqu'un qui exerce ses talents dans la sphère privée. Il faut les réclamer pour quelqu'un qui représente quelque chose qui le dépasse, une nation, un pays, une certaine manière de vivre ensemble, démocratique, selon l'adjectif que l'on utilise habituellement.
Interrogé sur le sujet, François Hollande n'a rien vu de particulier à en dire. Il est vrai que ce matin, sa voiture a eu du mal à démarrer.
Vu hier soir, d'autres images furtives dans ces instants où la politique en appelle autant à l'instinct qu'à la raison. Hervé Morin, président du groupe UDF à l'Assemblée nationale, et François Sauvadet, porte-parole du même groupe, poussait la porte du siège de campagne de Nicolas Sarkozy. Ils allaient évoquer, selon le mot de l'un, la future majorité présidentielle.
Voilà quelques jours encore, et Sauvadet et Morin disaient des choses horribles sur l'UMP, la démocratie confisquée, les médias couchés, le peuple manipulé. Ils soutenaient la croisade de François Bayrou qui dénonçait la crise de régime et l'avachissement du pays. Sept millions de suffrages ont témoigné, au soir du premier tour, de la popularité de l'analyse.
Maintenant que la fête est finie, les choses sérieuses recommencent. L'UMP menace la démocratie, d'accord, mais elle distribue aussi les postes. Alors, il faut bien pousser la porte de l'antre du diable. Après tout, si le diable est bien le diable, il n'est pas si méchant que cela, le diable.
Le quinquennat a deux jours à peine et l'ennui point ne point. A demain, pour le troisième jour du quinquennat.
Photo AFP

