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Jean Michel Aphatie 08 novembre 2007 Lien permanent
Bernard Arnault a racheté Les Echos 08/11
Invitation. Le créneau de 7h50 est généralement dédié à la politique et à ses acteurs. Ce n'est que par exception que l'on parvient à l'ouvrir à d'autres horizons, les personnes sollicitées, responsables économiques, intellectuels, acteurs, etc., déclinant le plus souvent les invitations lancées. L'actualité, pourtant, justifie régulièrement que l'on opère des tentatives dans ces directions, sans beaucoup d'espoir la plupart de temps, mais avec détermination car cela relève des nécessités professionnelles.
C'est dans cet état d'esprit que j'ai sollicité, hier matin, Bernard Arnault, PDG de LVMH, repreneur du journal économique Les Échos. Ma demande a été enregistrée. Elle est demeurée sans réponse une longue partie de la journée jusqu'à ce que, vers 17h30, un coup de téléphone me prévienne que Bernard Arnault "était ravi" de l'invitation et serait avec plaisir dans les locaux de RTL, ce jeudi matin.
Rencontre. Je n'avais jamais croisé Bernard Arnault avant ce matin. Je n'avais du personnage et de ses activités qu'une connaissance publique. Je l'ai donc vu pour la première fois tout à l'heure, d'apparence discrète, rompu à une grande courtoisie, la diction assez douce, autant de caractéristiques dont on comprend assez vite, à l'écouter, qu'elles ne sont que la surface d'une personnalité que l'on devine prompte à décider et d'un tempérament marqué par cette forme d'optimisme qui pousse aux aventures.
Les Echos. Pourquoi Bernard Arnault, propriétaire jusqu'ici de La Tribune, veut-il acheter Les Echos? Parce que ce journal est le meilleur et le premier dans sa catégorie, a-t-il expliqué, ce matin, sur l'antenne de RTL. N'y a-t-il pas un danger de voir ses intérêts industriels, ceux du groupe qu'il dirige, contrarié par la logique même du journal économique qui peut, dans certaines circonstances, publier des informations gênantes ou désagréables? Il en a repoussé l'hypothèse, ou assumé l'éventualité, assurant que la valeur d'un journal tenait à sa liberté et à son indépendance, et qu'il entendait assurer l'une et l'autre à la rédaction des Échos. A ce propos, le temps nous a manqué, au micro, pour aborder les mécanismes de protection de l'indépendance de la rédaction que propose Bernard Arnault et que les journalistes des Échos jugent, pour leur part, insuffisants.
Le débat. Mardi et mercredi, le journal n'a pas paru pour cause de grève. Par cet acte, la rédaction voulait dire sa défiance du nouvel acquéreur et son sentiment qu'il lui serait impossible de faire sereinement son travail à l'avenir. J'ai personnellement, dans une vie professionnelle composée de pas mal de voyage dans pas mal de rédaction, été confronté à l'hypothèse du rachat du journal où je travaillais à l'époque par un industriel. J'ai vu les journalistes qui composaient cette équipe se diviser dans des débats sans fin et dans une lutte perdue d'avance à ce propos. J'ai acquis la conviction à cette occasion que dans ce pays où le capitalisme de presse est peu développé, le combat visant à refuser un actionnaire est hors de portée pour le journalisme et ceux qui le représentent. J'ai pensé à l'époque, je le pense encore aujourd'hui, que les faibles ressources dont disposent ceux qui ont choisi cette profession, et qui pèsent de très peu face aux forces de l'argent, devaient être mise à contribution pour tenter d'imaginer et de mettre ne place, en accord avec les nouveaux arrivants, des règles protectrices de l'indépendance d'esprit et de la liberté d'écriture. De tels mécanismes sont proposés par Bernard Arnault dans le dossier qu'il a défendu ce matin. Je le répète, les journalistes des Échos jugent ces mécanismes insuffisants. Formulons le voeu qu'ils parviennent à les préciser, à les muscler, pour qu'ils puissent poursuivre le travail qu'ils font avec bonheur et talent depuis plusieurs années.

