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Jean Michel Aphatie 03 juin 2009 Lien permanent

Ce matin, la colère de François Bayrou 03/06


Disons les choses franchement ce matin. François Bayrou, invité de RTL, à 7h50, n’était pas content en sortant du studio. Il a jugé l’interview mal faite, « inutile » a-t-il dit, trop centrée sur l’élection présidentielle, pas assez sur l’élection européenne, « rigolarde », il a employé l’adjectif, donc pas à la hauteur des enjeux. « Je n’aurai pas dû venir », a-t-il jugé après coup. Autant dire que le climat autour de la table n’était pas léger, et que le partage du café, qui est un rituel à RTL avec les invités, a été bref.

Pas de contre sens, non plus. François Bayrou a dit cela d’un ton calme, sans agressivité, avec la franchise que l’on réserve aux gens dont on pense, en se trompant parfois mais pas forcément tout le temps, qu’ils peuvent l’entendre, même s’ils ne l’acceptent pas. En réalité, la colère maîtrisée de François Bayrou, sa déception matinale aussi, peut-être comprise comme un reproche ou une critique envers les journalistes, voire le journalisme. La couverture de la campagne électorale, les questions adressées aux responsables politiques, spécifiquement les questions qui lui étaient adressées ce matin, tout ce travail là ne pèche-t-il pas par un manque d’intérêt des enjeux européens? Un manque de connaissance des problèmes communautaires? Une étroitesse de l’esprit qui ramène tout au débat hexagonal? Une obsession des conflits personnels sans cesse mis en avant au détriment de la confrontation des idées?

Après tout, ces questions ne sont pas minces. Elles méritent d’être traitées, ce qui est une forme de respect pour la critique formulée ce matin par François Bayrou.

Voilà donc des semaines que le débat européen est engagé dans l’ensemble des pays composant la communauté, et donc aussi en France. Parlons des projets, et de l’Europe. Quelle idée neuve, originale, forte, a marqué l’opinion publique? Quelqu’un a-t-il la réponse à cette question? Quelle proposition précise, concrète, s’est imposée dans le débat? Qui l’a remarquée? Quel mot d’ordre, quel slogan, s’est -il détaché dans le flot des meetings, prises de parole, émissions? L’un de vous l’a-t-il entendu?

Certes, des propositions sont faites. Défendre les services publics en Europe, disent les socialistes. Pourquoi pas, bien sûr, oui. Une politique de grands travaux. Ah tiens, oui, cela fait vingt ans que l’on en parle. Un grand emprunt européen. Les socialistes, Michel Barnier le Modem y sont favorables. Après avoir endetté les Etats, endettons l’Europe. Pas mal comme idée, et consensuelle en plus. D’autres choses sont dites ici ou là, en fonction des sensibilités, créer des emplois verts en Europe, par exemple, dix millions d’emplois lit-on même dans une estimation généreuse, regrouper des budgets nationaux dans tel ou tel domaine, définir et appliquer une préférence communautaire, d’autres choses encore, interdire les licenciements, limiter les hauts salaires, etc, etc...

Qu’est-ce qui cloche, quand on entend tout cela? Le manque de crédibilité. Intuitivement, ou de manière plus raisonnée, on comprend bien que ces propositions n’engagent personne. Elles sont trop vagues, trop générales, trop convenues, déjà mille fois entendues, pour que l’attention et l’esprit se fixent sur elles. Et puis, ces généralités là sont le fait de candidats français à des fonctions qui leur permettront pas de mettre en oeuvre un programme. Ceux des électeurs qui connaissent bien les institutions européennes, ils ne doivent pas être les plus nombreux, savent que les députés français se fondront dans un ensemble plus vaste. Ils savent aussi que leur activités législative sera à la fois le produit d’un consensus encore à définir entre eux, et lié aussi aux propositions de la commission et du Conseil européen.

Dans ces conditions, un programme de candidat à la fonction de député européen n’a pas grand sens. Il embraye sur le vide, et cela, chacun le sait ou le sent. D’où l’absence d’intérêt spontané, d’où l’absence de débat qui renforce l’absence d’intérêt, d’où la prévision massive d’abstention. D’où, également, le repli sur les débats nationaux et les polémiques de l’actualité.

Sur quoi, par exemple, sans volonté particulière d’acharnement, a-t-on entendu François Bayrou durant ces derniers jours? Sur le « climat sécuritaire » qu’il dénonce avec détermination. Sur ce qu’il appelle la « grossièreté » de Nicolas Sarkozy vis-à-vis de la Reine pour les cérémonies du 6 juin. Et plus largement, sur la critique sans concession, et talentueuse dans la forme, qu’il nourrit jour après jour, de l’action gouvernementale et présidentielle, sur la base notamment de son livre, « Abus de pouvoir », sorti fin avril, soit six semaines avant l’élection européenne, ce qui n’est pas la meilleure manière de fixer les esprits sur les enjeux communautaires.

Pour être équitable, il faut ajouter que le constat de l’artificialité du débat européen concerne l’ensemble des pays de l’Union, d’où la prévision d’une abstention massive le 7 juin. La France, hélas, n’est pas dans cette affaire qu’une mauvaise élève. Il s’agit plutôt d’une application maladroite d’un principe démocratique, l’élection du parlement au suffrage universel, à une réalité qui ne correspond pas à cet état démocratique. L’ennui, c’est que c’est l’idée européenne, et la légitimité de sa construction, qui s’en trouvent atteintes.

Revenons tout de même au théâtre français. Si les idées et les projets ne passionnent guère les foules, ceci pourrait être compensé par la force, le charisme, le talent des candidats. Franchement, nous en sommes loin. Les trois partis classés en tête dans les sondages ne présentent au suffrage que des seconds et troisièmes couteaux, ou bien des éclopés de l’action gouvernementale, ou encore des recalés des diverses élections nationales. Pas un chef de parti, pas une personnalité légitimée par son action publique précédente, ne postulent à la députation européenne.

Mieux, ou pire. Jacques Toubon pour l’UMP, Gilles Savary pour le PS, Jean-Louis Bourlanges pour le Modem, possédaient tous trois une expertise européenne réelle et reconnue. Les deux premiers ont été écartés des listes de leur parti pour d’obscures raisons liées à la logique des appareils politiques. Le troisième s’est lassé du peu d’intérêt de son parti pour son travail.

Au total, le personnel présent dans cette élection paraît fade et de peu d’intérêt pour l’opinion publique. Et quand au déficit des programmes s’ajoute la faiblesse du facteur humain, on comprend que le rendez-vous électoral n’électrise pas les foules.

Quand tout ceci est posé, il faut en revenir à la mauvaise humeur de François Bayrou. Que reproche-t-il, au fond, au journalisme? D’être ce qu’il est ou bien d’être le produit de la situation fabriquée par la politique? A l’évidence, la deuxième hypothèse me paraît la bonne. François Bayrou, comme les pharaons d’antan, reproche le contenu de la mauvaise nouvelle à celui qui la porte. Vielle figure du débat public. Quand la politique manque de sincérité, le journalisme ne peut que le refléter. Et puis aussi, ceci, qu’il faut toujours répéter. dans une société de libre débat, le journalisme et ceux qui en font n’ont aucun pouvoir. Ils n’orientent, ni ne déterminent l’opinion publique. Ceux qui construisent les esprits et impriment les consciences, ce sont les acteurs. Ce sont eux qui choisissent et agissent. Et s’ils font mal, ou s’ils sonnent faux, ils ne doivent pas s’en prendre à ceux qui leur tendent le miroir de leur action.

commentaires (424)

Ajouter un commentaire 22h51 Le liberalisme pour les débutants 05-06-2009

Il y a d'abord un vrai problème : l'uniformité étatiste de TOUS les partis en campagne.



Ca ne vous frappe pas ? Tous anti-libéraux, tous protectionnistes, tous dirigistes etc..



Il manque désespérément d'un voie libéral.



Notre nouveau parti, le PARTI LIBERAL DEMOCRATE a l'ambition de marcher sur les traces de démocratie libérale, malheureusement victime d'une OPA du RPR.



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L'Etat n'est pas un Dieu omnipotent, omniscient et bon.

Rejoignez les athées de la religion officielle française,

Lisez le libéralisme pour les débutants :

<a href="http://www.dantou.fr/liberalisme.htm" title="http://www.dantou.fr/liberalisme.htm">http://www.dantou.fr/liberalisme.ht...</a>

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Ajouter un commentaire 12h03 Gérard 57 04-06-2009

Je me fais un peu de soucis concernant le Président Obama. Il veut que les Israéliens arrêtent la colonisation de la bande de Gaza, il veut aussi que les Palestiniens disposent eux aussi d’un territoire. Il ne prend pas parti inconditionnellement pour les Israéliens comme les précédents Présidents américains. Il désire engager des relations diplomatiques avec le monde musulman. Bref il veut véritablement la Paix au Proche-Orient



Or, tous ceux qui ont essayer d’entamer cette démarche ont été assassinés : Isaac Rabbin, Anouar El Sadate.



Arrivera-t-il au terme de son mandat ? Je crains le pire !




Je me demande ce qu'en pense Savonarole, le prophète de ce blog...

Ajouter un commentaire 11h51 mathias 04-06-2009

10:29. Le 4 juin 2009 par MONTLU03 10:07. Le 4 juin 2009 par mathias

J'ajouterai de plus que tu dis une ânerie, Royal ne s'est jamais impliquée dans la campagne nationale des Européennes, elles est seulement venue à Rezé,




faire un constat que royal qui se prétend un élément important du ps ne participe pas a la campagne de ce parti est une anerie ??



C'est plutot la preuve une fois de plus qu'elle s'est mise en marge ,

qu'elle se sert de ce qui reste du ps , de ses moyens ,

pour etre candidate non du ps , canal historique

mais royal , iste

et on attend sa réaction sur la candidature de f hollande ,, cela risque d'ètre croquignolesque ,,,

Ajouter un commentaire 11h51 Simple remarque 04-06-2009

10:33. Le 4 juin 2009 par Gérard 57



Jacques Marseille me semble pas à sa place sur un plateau de télé, historien de l'économie, il parle de l'actualité, je trouve cette distorsion trop flagrante pour tenir compte de son avis...



Le brouillard de la guerre, où tout change si vite, que le recul manque, tout le contraire de ce sur quoi un historien travaille,

Sur ce sujet, Laurent Carroué a recadré le débat avec brio.....

Ajouter un commentaire 11h33 Gérard 57 04-06-2009

10:26. Le 4 juin 2009 par Simple remarque

Bonjour

« Je ne sais pas si vous avez été nombreux à suivre l'émission C 'est dans l'air de Yves Calvi hier mais je trouve que Daniel Cohen et Laurent Carroué sont des invités à entendre à nouveau, pédagogue et détaché, précis sur leurs interventions, rigoureux dans leurs explications... »



Oui je l’ai écouté partiellement. J’ai surtout observé que l’approche de Daniel Cohen n’était pas du tout la même que celle de Jacques Marseille. Ce dernier nous inonde de statistiques et a un peut tendance à chacune de ses prestations à nous faire un cours du genre « l’économie pour les nuls ».


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