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Jean Michel Aphatie 25 novembre 2009 Lien permanent

Réponse à Marine Le Pen 25/11

Le cas est heureusement rare d’un dialogue à distance entre un journaliste et un responsable politique. C’est, par exception, ce qui se produit depuis quelques jours entre Marine Le Pen, vice-présidente du Front national, et moi.

Marine Le Pen était l’invitée du Grand Jury dimanche dernier. Lundi, après l’émission, j’ai rédigé ici même un billet où j’ai tenté d’analyser sa prestation. J’avais été marqué par le caractère excessif de ses propos, notamment de sa description de la société française, proche du chaos, en expliquant que ceci me semblait davantage dicté par des préoccupations stratégiques que par la sincérité du regard et du constat.

Marine Le Pen, ce qui est son droit, a décidé de répondre à ce billet. Voici le lien qui permettra d’écouter ou de lire l’intégralité de son texte, ainsi que quelques extraits destinés à indiquer le sens général de sa réflexion.

L’autre jour, en lisant le billet rédigé par Jean-Michel Apathie sur son blog, suite à mon passage au Grand Jury RTL, je m’amusais des réactions de ce journaliste. Mes propos  n’auraient présenté, je cite, « qu’un lointain apparentement avec la réalité », je n’aurais pas rendu compte « de situations contrastées » parce que je n’aurais fait, toujours selon ce billet, qu’« une description apocalyptique de la société française »…



    Je me suis dit qu’il n’y avait rien d’étonnant dans ces propos qui émanent d’un représentant du système politico-médiatique : quand on appartient au système, on est bien obligé de le défendre et de taxer tous ceux qui le remettent en cause de populisme, ou d’outrance (...) Nos élites, médiatiques, financières et politiques, ont manifestement perdu tout contact avec la réalité. Elles ne nous donnent plus l’impression de vivre dans le même pays que nous. Elles n’ont apparemment plus les moyens de se rendre compte de ce qui s’y passe (....) Ne les voient-elles pas, ces files d’attente le soir à la sortie des supermarchés, constituées de Français qui n’ont plus rien, et qui sont obligés d’aller faire les poubelles ? Croient-elles vraiment qu’on voyait ça il y a encore 10 ans ? N’ont-elles pas réalisé que de plus en plus souvent, des événements de grande ampleur, qu’il s’agisse d’une rencontre sportive, d’une manifestation ou d’un rassemblement festif, se terminaient en émeute ? Sans parler de ces professeurs frappés par leurs élèves, de ces établissements scolaires où le savoir n’est plus transmis et d’où sortent des générations sacrifiées, de ces ouvriers et employés français qui se retrouvent chaque jour plus nombreux au chômage parce que leur usine a été délocalisée en Chine, en Roumanie ou en Inde ? Mais comment peut-on à ce point être coupé du pays, et reprocher d’en dire trop à ceux qui font simplement ce qu’on attend d’un responsable politique digne de ce nom : dresser un constat lucide, et proposer des solutions de bon sens ?
 

Ce passage me semble illustrer parfaitement les techniques d’expression dont a usé durant toute sa carrière Jean-Marie Le Pen, et que reprend à son compte Marine Le Pen, dans une imitation proche de la perfection.

L’évocation des « files d’attente, le soir, à la sortie des supermarchés, constituées de Français qui n’ont plus rien, et qui sont obligés d’aller faire les poubelles » est instructive. Le phénomène existe. C’est une évidence. Des repartages, dans la presse écrite, la radio, ou la télévision, l’ont montré et le montreront encore. Ceci traduit, c’est une évidence aussi, une aggravation de la pauvreté en France. Des associations le disent et le clament, luttent même pour tenter de soulager cette misère. Emmaus, Les Restaurants du coeur, sont parmi les plus connus. Les Restaurants du coeur, d’ailleurs, ont eu un large accès aux médias ces derniers jours pour expliquer que les bénévoles qui préparent la campagne d’hiver s’attendent à un afflux importants de nouveaux demandeurs.

La réalité n’est donc ni méconnue, ni cachée. Elle est au contraire établit par le journalisme dans sa réalité, ce que ne fait pas Marine Le Pen qui par un propos volontairement vague et général, suggère que ce sont des cohortes de Français, des légions, pratiquement tous les Français, qui fouillent dans les poubelles une fois la nuit venue. Ce qui est, à l’évidence, un excès de langage.

A cet endroit d’ailleurs, la précision même de « Français » paraît suspecte. Il serait plus juste, ne serait-ce que par prudence, de parler de « gens », car ni Marine Le Pen, ni aucun journaliste de la terre, ne peut assurer que tous ceux qui fouillent douloureusement dans les poubelles possèdent la nationalité indiquée. Il peut se trouver dans le tas des personnes étrangères. Mais justement, par le choix de ces mots, Marine Le Pen suggère, car son discours n’est que cela, de la suggestion, que les Français sont victimes de la pauvreté.  Elle semble exclure de fait l’idée que des étrangers puissent l’être aussi. Ce qui n’est pas hasardeux mais vient souligner, discrètement mais efficacement, que l’étranger, ou l’immigré pour parler clair, profite de l’hospitalité française, et même, pour être plus clair, en profite tout court.

L’excès dans sa description de la société française est suggéré à chaque ligne. Des émeutes? Elles sont innombrables. Des professeurs frappés? Des légions. Des délocalisations? Il n’y a plus que ça. Chacun de ces phénomène existe, bien sûr. Les journaux les relatent. Mais ils ne résument pas la société française. Ils n’en sont même pas les éléments dominants. C’est pourtant l’inverse que suggère la présidente du Front national.

Du coup, elle pose une question logique, si l’on suit son raisonnement. Comment se fait-il que les journalistes contestent son propos, puisque celui est vrai? Ou bien, formulons la même question autrement: comment se fait-il que les journalistes ne relaient pas mon propos, puisqu’il est vrai?

A la première question, Marine Le Pen apporte la réponse traditionnelle des courants extrémistes. Les journalistes ne font pas leur travail puisqu’ils sont les défenseurs d’un système, les défenseurs du pouvoir, des pouvoirs, en place. Leur professionnalisme est au mieux une apparence, au pire une foutaise. Il faut donc les dénoncer. Karl Marx avant elle, puis tout un tas de théoricien que l’on a décrété d’autant plus talentueux que l’on ne comprenait rein à leur écrit, ont déjà chanté la chanson. Marine Le Pen s’inscrit dons dans une continuité conspirationniste qui explique au peuple qu’on lui ment et qu’on le vole, les deux crimes à la fois, c’est dire si la colère aurait ses raisons.

Rendons justice sur ce point à Marine Le Pen. Elle dévide son argumentaire avec une certaine bonhomie, le sourire aux lèvres. Ceci est particulièrement net sur la vidéo qu’elle a tourné. Est-ce parce qu’elle ne croit pas elle même à son analyse? Son sourire lui permet-il de garder quelque distance avec la caricature qu’elle fait des médias et des journalistes? Elle seule le sait. Il reste simplement une attitude politique qui inquiète et amuse à la fois.

commentaires (397)

Ajouter un commentaire 13h11 PierreTdeParis 01-12-2009

M. Aphatie.
Ce référendum est une belle victoire de la démocratie, il y a eu un réel débat sur une question précise, puis le peuple a pu s’exprimer.

Ségolène Royal veut nous promouvoir la démocratie participative, et bien voilà, en Suisse, elle existe depuis "toujours". Royal nous dit que elle, elle veut faire participer les gens à des débats qu’elle propose, mais in fine décider comme bon lui semble, sympa ça, demander l’avis des gens mais n’en faire qu’à sa tête...

Olivier Besancenot veut que les décisions partent "d’en bas", du peuple, et bien c’est ce qui se passe en Suisse.

Et ces votations ont lieu avec la plus grande transparence, rien à voir avec le "truc" sur La Poste, pure manipulation médiatique, qui selon certains été une grande victoire décomocratique...

A noter, l’arrogance des élites et des médias, s’opposer a tel type de construction, c’est être xénophobe et raciste... Bonjour l’amalgame !

Vous avez fustigé, avec raison, le vide de Marine Le Pen, bien, mais lorsque vous dites dans un autre sujet (01/12): " Vous pensez donc, intervient Florin, qu’il y a trop d’étrangers en France? « Je le crois, oui », répond notre homme. Voilà donc ce qui nous menace, l’étranger, et peut-être serait-il plus judicieux d’écrire l’arabe ou le noir, etc", que faite vous sinon du Marine Le Pen, du racourcie, de l'approximatif, du vaseux, quoi, dire qu'il y a trop d'étrangers en France c'est être xénophobe ou raciste ? On ne peut pas discuter de ce genre de chose sans être insulté ? De nombreuses études montrent par exemple que si l'intégration en banlieu Nord de Paris ne se fait plus, c'est tout simplement qu'il y a trop peut de personne de culture "française" eu égard à la population d'origine étrangère. Pour intégrer, il faut un petit nombre de nouveau arrivé pour une large majorité de tenant de la culture d'accueil. Etc. Peu importe, ce qu'il y a d'intéressant, c'est que même vous vous interdisez par vos amalgames tout débat ou discution, Marine le Pen a grâce à cela de l'avenir...

Ajouter un commentaire 15h11 nationfrance 26-11-2009

Les partis évoluent souvent plus vite que leurs électeurs. Je suis au FN depuis plus de 12 ans mais dans 5 ans je serai peut-être MODEM ou abstentionniste.
Ce qu'on ne peut pas nier c'est que l'histoire nous apprend la dérive des partis qui vont de droite à gauche comme des étiquettes que l'on déplacerait sur un tableau.
J'ai vu au fil du temps le PS basculer plus à Gauche que ma convenance mais surtout, pour des raisons électoralistes, se rapprocher de thèses proche "Verts" en étant complètement déconnectés de la réalité. Proposition, par exemple d'abandonner l'EPR de Flamanville lors des denières présidentielles pour S. Royale alors que toutes les fondations étaient déjà coulées. On aurait construit quoi à la place, un hôtel de luxe avec vue sur la mer?
En opposition, j'ai vu le FN injustement qualifié d'Extrême-Droite se rapprocher du centre et se définir lui-même Droite Nationale et la Droite classique rompre définitivement avec le gaullisme dont pourtant elle se réclame, à tel point que c'est le FN aujourd'hui qui apparait plus gaulliste que l'UMP.

Ajouter un commentaire 11h30 whiskywhisky 26-11-2009

a vous ecouter M. Aphatie, en denoncant les enormites de marine le pen, on evacue du meme coup une realite qui fait peine a voir.
Il eut mieux valu acter une partie du diagnostic, desamorcant ainsi la technique de la caricature et poser des questions sur les solutions preconisees par elle et son mouvement.
Sur ce terrain, votre repartie et vos arguments auraient surement mieux porte dans le debat.
C'est d'ailleurs ce qu'a fait Etienne Mougeotte en partie. Ca s'est nettement ressenti dans la qualite des echanges.

Ajouter un commentaire 11h16 Pierre L. Codet 26-11-2009

10h48 lion08 26-11-2009

Peut-on reprocher à ce Chevalier blanc d'être fidèle à ses principes ?
Un pauvre doit le rester, et ne surtout pas devenir un "nouveau riche", c'est suspect et nuisible.

L'anecdote allemande est poétique dans le fond, hélas répréhensible dans la forme.

Ajouter un commentaire 10h48 lion08 26-11-2009

09h48 merci qui !! 26-11-2009
09h03 Gérard 57 26-11-2009

on appelle cela du vol........ qu'on "habille" plus où moins ceci dans une théorie, elle a volé chez d'autres personnes l'argent pour le donner frauduleusement ......

J'aurai été plus "séduit" si c'était sur son compte qu'elle avait fait cela........... (et qu'aurais-tu dis si c'était sur ton compte que cette "banquière" avait pioché).... c'est facile si c'est chez les autres.....
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Il faut savoir que merci qui !! A de grands principes de moralité vertueuse. Jamais un faux pas concernant la loi ! Un saint en quelque sorte ! Comme lui, il n’y en a plus, « le moule est cassé »


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