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Jean Michel Aphatie 12 janvier 2010 Lien permanent
La vieille histoire du déclin français 12/01
Ce matin, la France découvre la lune. Voilà longtemps pourtant que sa face ronde nous nargue. Il faut croire que jusqu’ici, personne n’avait voulu la voir.
Comment? Que lit-on et qu’entend-on? Renault, cet inestimable joyau de notre patrimoine industriel, pourrait fabriquer des voitures à l’étranger? Mais quelle honte! Quel scandale! Notre gouvernement va-t-il laisser faire cela? Non, justement, quelle chance nous avons, le gouvernement se mobilise. Christian Estrosi, ministre de l’Industrie, a déjà dit qu’il faudrait lui passer sur le corps. Et, avec ses mots à lui, c’est ce qu’a répété ce matin, sur RTL, dont il était l’invité à 7h50, Laurent Wauquiez, secrétaire d’Etat à l’emploi. Ajoutons que l’opposition veille, pluie de communiqués hier, pour dire l’inquiétude, la désapprobation, le refus. La France unie, la France qui résiste, c’est beau la France.
Situons tout de même le problème. Voilà belle lurette que Renault fabrique des voitures qu’elle vend en France hors de France. Les statisticiens disent que 25% de la production Renault est réalisée en France. A titre de comparaison, 60% de la production Volkswagen est réalisée en Allemagne. Et surtout, ne rajoutons rien parce que tout est dit.
Un, le mouvement de désindustrialisation est ancien et profond en France. Deux, il l’est davantage en France que dans des économies comparables. Trois, voilà bien, plutôt que le sot débat sur l’identité nationale, qui devrait nous préoccuper.
Tout le monde connaît les causes du mouvement: coût de production trop élevé, notamment à cause du financement de la protection sociale assis sur l’emploi. Le constat est ancien, formulé depuis des années, pratiquement des décennies, et la cécité volontaire de l’opinion publique alliée à la pusillanimité des responsables publics explique largement que rien n’ait été fait depuis longtemps, et sans doute hélas que rien ne sera fait avant longtemps.
Pour tenter d’être clair, il faut être synthétique. Disons que depuis les chocs pétroliers des années 70, nous savons que les grands équilibres de notre modèle d’organisation sociale sont menacés. Alternant des périodes de lucidité et de démagogie, nous avons collectivement maintenu le modèle au prix de prélèvements fiscaux importants. En agissant ainsi, nous avons acheté du temps, rien d’autre. Certes, nous avons habillé cet achat. Tantôt nous avons voulu « changer la vie », ou bien « résoudre la fracture sociale », ou bien « travailler plus pour gagner plus ». Indifférente à la sémantique, la réalité a érodé les piliers de notre communauté, au point qu’aujourd’hui, trente ans après le déclenchement des hostilités, plus rien n’est finançable en France à horizon prévisible, ni l’Etat, ni les collectivités territoriales, ni la couverture sociale contre la maladie, ni la solidarité entre les générations au moyen des retraites, ni les entreprises publiques faisant commerce de leur activité.
Le délabrement est profond. C’est la raison pour laquelle les forces encore vives, ou encore vivantes, c’est à dire les entreprises créatrices de richesses, sont irrépressiblement poussées vers la sortie. Durant toutes ces années on nous disait: « il faut préserver notre modèle social ». En réalité, on l’a affaibli, miné, et il menace aujourd’hui de s’écrouler tant il est vermoulu.
C’est ainsi, amis lecteurs, que ce matin nous découvrons la lune. Il est coutumier de dire que même s’il est tard dans le siècle, il n’est jamais trop tard. Peut-être, ou sans doute, ou pourquoi pas. Ce qui est rageant, mais s’énerver est une futilité, c’est que personne ne rendra jamais compte de l’impasse dans laquelle nous nous sommes consciencieusement fourvoyés.
commentaires (307)
Personne ne rendra compte de ce déclin et si nous en sommes tous plus ou moins responsable certains sont franchement coupables. Car qui dirige ce pays depuis 40 ans ? qui a pris le pouvoir et ne l'a plus lâché ? Ce sont les hauts fonctionnaires qui dirigent ce pays, sans partage. Cela a commencé avec Giscard d'Estaing et Chirac. Les citer tous serait trop long. Mais vous les connaissez monsieur J.M. Aphatie.
Merci MINIE pour ton post.
@BUBULLE,
Qu'est-ce ce pb de passeport?
Peux tu m'en dire plus?
Valérie PECRESSE,
très émue par le meutre perpétré par cet étudiant chinois, se rendra dans l'après-midi sur place pour être aux côtés de la communauté universitaire en deuil".
C'est bien, mais n'aurait-il pas été plus judicieux de prévenir ce drame, en soignant cet étudiant, chez lequel, on avait détecté de sérieux troubles psy ?
Le bateau coule et la croisière s'amuse...
Qui survivra au naufrage de l'édonisme régnant ?


A propos des questions de modèle social je vous suggère la lecture de cet intéressant blog: http://www.socialcapital-foundation.org/blog/