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Jean Michel Aphatie 29 mai 2007 Lien permanent
Itv Bertrand Delanoë 29/05
Bertrand Delanoë, maire PS de Paris, était l'invité de RTL, ce matin, à 7h50.
Ce soir, le maire de Paris animera un meeting dans la capitale, au Zénith, aux côtés de Ségolène Royal, Dominique Strauss-Kahn, Laurent Fabius, François Hollande. Drôle de photo de famille, impossible à mettre en scène tout au long de la campagne présidentielle et qui s'incarne soudain, à dix jours du premier tour des élections législatives.
On pourrait beaucoup broder autour de cette photo. Noter d'abord qu'elle représente le passé du parti socialiste, Hollande démissionnaire, Fabius et DSK battus de l'intérieur lors de l'investiture pour l'élection présidentielle, et son avenir, Ségolène Royal et ses dix sept millions de suffrages, Bertrand Delanoë et sa légitimité parisienne. Remarquer aussi que le plateau se départage entre candidats à ces élections législatives (DSK, Fabius, Hollande) et non candidats à ces mêmes élections législatives (Royal et Delanoë). Croiser enfin les deux constatations précédentes pour conclure que le vrai combat au parti socialiste n'est pas celui, immédiat, qui doit expédier des députés à l'Assemblée nationale, de toutes les façons la gauche y sera minoritaire, mais un autre, à la fois proche et lointain, complexe à coup sûr, qui doit doter ce parti défaillant d'un programme et d'un leader.
Remontons le temps à grandes enjambées, refaisons l'histoire de manière directe, donc rapide.
De quoi souffre le parti socialiste? De son mensonge originel. Au début des années soixante dix, un grand magicien qui n'en croit pas un mot lui fait croire qu'il est marxiste et révolutionnaire et que les problèmes de la France seront résolus grâce à la nationalisation des moyens de production et à la planification de ses besoins. Au début des années quatre vingt, le magicien constate le fiasco du programme, opère un virage à quatre vingt dix degrés et intime à ses ouailles de camoufler la vérité. Après diverses péripéties, les dites ouilles quittent en masse ce parti d'illusionnistes au point qu'il ne parvient même pas à se qualifier pour le second tour de l'élection présidentielle de 2002. Je vous avais prévenu: c'était direct.
D'une certaine façon, nous en sommes là aujourd'hui. L'élection présidentielle de 2007, pour l'instant, n'a rien refondé, rien construit. Certes, la candidate qui représentait ce parti s'est qualifiée, elle, pour le second tour de l'élection présidentielle. Mais quelle est précisément son analyse du monde désordonné dans lequel nous vivons? Pour l'essentiel, personne n'en sait rien encore aujourd'hui, alors même que plusieurs mois de campagne électorale viennent de se dérouler.
Face à elle et ses dix sept millions de voix, rien ou pas grand chose à ce jour. Certains disent, si, justement, il y a Bertrand Delanoë.
Certes, le maire de Paris entend bien que l'on parle de lui. Il comprend bien que, le cas échéant, il peut figurer une alternative à Ségolène Royal. Sur quelle ligne? Avec quel projet? Personne n'en sait rien, lui non plus d'ailleurs. Ce qui l'ennuie surtout, c'est que son calendrier ne coïncide pas avec celui du parti socialiste.
Ce qui se présente à Bertrand Delanoë, c'est l'élection municipale parisienne. Inutile de rêver pour lui à une aventure politique plus importante s'il ne parvient pas à obtenir le renouvellement de son mandat municipal à l'échéance pour l'instant programmée au printemps 2008. S'il tombe de son fauteuil de maire, il ne pourra en aucun cas envisager conquérir celui de président. Il lui faut donc du calme et de la concentration au parti socialiste pour pouvoir mener en toute quiétude son offensive municipale.
Au PS, en revanche, le feu couve. Il sera contenu jusqu'au soir du 17 juin date du second tour des élections législatives, à 20 heures, heure de fermeture des derniers bureaux de vote. Mais à 20h01, les rancoeurs accumulées depuis si longtemps, des mois et des années, jailliront en geyser. Les uns demanderont des comptes, d'autres des têtes. Des personnalités se presseront sur les balcons et les plateaux pour réclamer et déclamer. Ce sera là le début d'un grand déballage et aussi, souhaitons-le pour l'équilibre de la démocratie française, d'une grande recherche. Il faudra dire un jour la défaillance de ce parti, le mal qu'il a fait à la collectivité à force de vivre derrière sa muraille de mensonges, de laisser croire aux électeurs des choses puis d'en imposer d'autres aux citoyens, comment il a détruit la confiance et combien il a manqué à sa mission historique en privilégiant le vieux fonds gauchiste au détriment d'une analyse plus réaliste de l'évolution du monde.
Quoi qu'il ne soit, la bataille commencera tôt au parti socialiste, elle durera longtemps. S'il veut en être, s'il veut compter, s'il veut peser, s'il veut s'imposer, Bertrand Delanoë devra participer à tous les épisodes de cette reconstruction, et tenter, aussi difficile cela soit-il, d'en articuler les soubresauts avec son calendrier électoral.
Photo AFP

