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Jean Michel Aphatie 15 juin 2007 Lien permanent

Itv Elisabeth Borrel 15/06


Elisabeth Borrel, magistrate, était l'invitée de RTL, ce matin, à 7h50.

Sans entrer dans les détails d'une histoire pleine d'enseignements sur la société française comme le sont toutes les histoires de ce genre, il convient juste de mettre en exergue ici l'essentiel.

Les faits sont connus. Le juge Bernard Borrel, détaché à Djibouti, auprès des autorités politiques de ce pays auquel nous rattachent notamment des accords militaires, est retrouvé mort un jour d'octobre 1995. L'hypothèse d'un suicide est d'abord avancée puis, devant l'évidence, celle d'un meurtre est évoquée. Des autorités djiboutiennes sont mises en cause, présentées comme des commanditaires potentiels, avec toutes les difficultés que l'on imagine pour produire des preuves de ce qui apparaît tout de même supérieur à de simples soupçons.
Surtout, au fil du temps, Elisabeth Borrel, qui se bat d'abord dans l'indifférence générale pour tenter de faire apparaître la vérité, acquiert la conviction que l'État français et ceux qui le dirigent ont surtout le souci de préserver la relation qui unit la France à Djibouti plutôt que de voir la justice établir des faits. Et puis, elle parvient même à établir ce qu'elle présente comme des preuves de ce qu'elle avance, après des perquisitions, opérées à la Chancellerie et au Quai d'Orsay, par deux magistrats instructeurs opiniâtres et décidées à ne pas laisser une quelconque raison d'État recouvrir d'un manteau gris ce qui est dû à chaque citoyen de la République, c'est à dire la réparation du préjudice subit.

Au bout de la démarche, dont chacun pourra retrouver les détails s'il le souhaite, Elisabeth Borrel en est aujourd'hui à s'adresser au nouveau pouvoir et à Nicolas Sarkozy pour tenter d'obtenir ce qu'elle recherche. Ce dernier se trouve donc devant ce dilemme que chaque homme en charge d'une lourde responsabilité a éprouvé dans l'exercice de ses fonctions. Les principes doivent-ils, seuls, guider l'action? Ou bien d'autres considérations, qui ne sont pas minces, pas forcément même médiocres, peuvent-ils justifier que, dans le secret de sa conscience, au nom du sens que l'on se fait des intérêts durables et profonds de l'État que l'on dirige, doivent-elles défendues, au détriment des valeurs que pourtant on est censé défendre?

Ce questionnement est vieux comme le monde. Souvent, hélas, c'est toujours la même réponse qui prime: la collectivité sur l'individu, la raison et la défense des intérêts de l'État plutôt que les droits du citoyen. Et puis, par exception, c'est l'inverse. Ce qui se produit toujours dans la douleur et les déchirements mais permet, au bout du compte, à la démocratie de progresser.
Ce mécanisme fut celui de l'affaire Dreyfus. La mention ici de cette affaire si importante pour la société française à la charnière du XIX° et du XX° siècle, ne se veut pas comparative. Elle vise juste à situer la solitude d'un individu nanti de ces droits mais dépossédés d'eux par la force étatique.

Le pouvoir peut être fantasmé par ceux qui souhaitent l'obtenir de leurs concitoyens. On peut, sincèrement, promettre la rupture avec les usages et les moeurs. Au fond de son coeur, on peut ressentir la force de ces convictions. Avec moi, murmure la voix intérieure, ces choses là seront différentes. Et puis un jour, ce pouvoir, on l'expérimente et on le vit. On s'installe en son centre et l'on y perçoit les mille fils autour desquels se tissent les secrets de son architecture.
Alors, la tension s'installe entre l'homme que l'on était et celui que l'on est devenu, entre le postulant d'hier et le président d'aujourd'hui. C'est, au plus profond de son intimité, un moment de vérité pour l'individu, le citoyen et le dirigeant qui, tous, cohabitent dans le même esprit au sommet de l'Etat.

Dans ce conflit sourd et secret, qui l'emportera? Voilà la question que pose aujourd'hui Elisabeth Borell à Nicolas Sarkozy.


Photo AFP

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