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Jean Michel Aphatie 04 octobre 2007 Lien permanent
Le jour du mépris 04/10
Sale temps. Ca chauffe pour les patrons. Pourquoi Denis Gautier-Sauvagnac a-t-il fait retirer des comptes bancaires de la fédération patronale qu'il dirige (l'Union des industries et des métiers de la métallurgie) 5,6 millions d'euros en liquide, entre 2000 et 2007? A qui les a-t-il donnés? A quelles fins? La justice enquête. Apportera-t-elle les réponses. Et que dire d'EADS? Ses dirigeants, Français et Allemands, 1200 cadres, sont soupçonnés d'avoir vendu en 2006 des titres en Bourse, juste avant que soit rendues publiques des informations qui l'ont fait baisser. On appelle cela un "délit d'initié". Ce n'est pas jojo et si c'est avéré, là encore la justice enquête, c'est même franchement malhonnête.
Pour évoquer ces sujets, répondre à ces questions, Laurence Parisot, présidente du MEDEF, était l'invitée de RTL, ce matin, à 7h50. EADS, pas de problème, elle a dit n'éprouver que du mépris pour les patrons qui trafiquotent la Bourse et ruine la confiance des investisseurs et des épargnants. Sur Denis Gautier-Savagnac, ce fut plus flou. Ce n'est pas bien de faire circuler de telles sommes d'argent liquide, a-t-elle dit, le MEDEF et l'IUMM ce sont deux choses différentes, a-t-elle précisé, au MEDEF, il y a des valeurs et de l'éthique selon elle, déduisons-en que ce n'est pas le cas à l'UIMM, et bien sûr elle ne savait rien de ces pratiques avant la semaine dernière et les révélations du Figaro. Logiquement, ce raisonnement aurait dû la conduire à écarter Denis Gautier-Sauvagnac de ses responsabilités au MEDEF, en lui retirant notamment son mandat de représentation de l'organisation patronale lors des négociations actuellement en cours avec les syndicats. Eh bien non, elle le maintient dans ses fonctions, malgré tout, vraiment tout, y compris l'argent liquide qui a beaucoup circulé, tout le monde le reconnaît. Cette contradiction, flagrante ce matin, signale bien que parfois, dans la vie, la liberté une est réalité relative.
Questions. L'affaire Gautier-Sauvagnac en pose de nombreuses. A qui était destiné l'argent? Tout le monde répond aux syndicats. Les syndicats démentent. Pas sûr que l'on sache un jour des choses précises à ce sujet. Les retraits sur un compte BNP de l'UIMM ont commencé en 2000. Comment cela se passait-il avant? Comment ceux qui ont mis en place ce circuit de distribution d'oseille pouvait-il imaginer qu'il resterait secret? De quelle immunité, de quelle impunité, pensaient-ils pouvoir bénéficier? L'UIMM est-elle la seule fédération patronale à avoir procéder ainsi? D'autres fédérations patronales ont-elles agi de même? Des entreprises peut-être?
Ceci encore. Il apparaît que les responsables de la banque ont, comme la loi les y oblige, alerté le ministère des finances de ces retrait en liquide suspects dès 2004. Aucun ministre présent à Bercy, N. Sarkzoy, Hervé Gaymard puis Thierry Breton, n'ont saisi les enquêteurs susceptibles de faire la lumière sur ce dossier. Pourquoi? Et dans quelles conditions Chrisitne Lagarde, en place depuis juin dernier, a-t-elle décidé de le faire? A-t-elle recueilli l'accord du premier ministre? Du président de la République? A-t-elle agi de sa propre autorité? Des réponses à toutes ces questions se déduira le degré de bon fonctionnement de notre machine démocratique.
Complot. Le Figaro a révélé cette histoire mercredi dernier. Le Figaro est un bon journal, sérieux, qui révèle plein de choses et qui déjoue totalement toutes les supputations de contrôle de la presse par les forces d'e l'argent et de la politique réunies, suivez mon regard et vous verrez la dictature incarné par vous savez qui. Pour ne parler que des derniers jours, Le Figaro, dirigé par Nicolas Beytout avec qui je travaille tous les dimanches avec un plaisir et une complicité que j'avoue ici en étant prêt à le répéter sous les tortures de l'inquisition qui pointe, outre le dossier UIMM, Le Figaro donc a publié hier l'information qui concerne EADS et mouille jusqu'à l'os l'ami du président de la République, Arnaud Lagardère, tout comme il a é&tabli, jeudi dernier, que le gouvernement faisait de la propagande et non de l'information en annonçant 22.900 suppressions de postes dans la fonction publique alors que la réalité est plus modeste, 17.900 seulement. Bref, Le Figaro, réputé de droite, réputé inféodé au pouvoir, fait son travail d'information dans une société démocratique. Mais que dit Jean-François Kahn? Que répondent tous les démonteurs de complot qui programment une journée sans Sarkozy pour dénoncer le totalitarisme dans lequel nous vivons?
Jeudi dernier, dans un papier créatif puisqu'il ne contenait aucune information particulière, France Inter a expliqué que si le dossier Gautier-Sauvagnac figurait dans Le Figaro, c'était parce que le patronat avait choisi de régler ses comptes et utilisait pour ce faire l'organe en papier dévoué à la défense des intérêts de la bourgeoisie. Quand le marxisme de bazar se pare des plumes pourtant ternies du journalisme, on peut, au choix, s'inquiéter de la dérive continentale d'une profession ou bien rire un bon coup devant l'étalage de la bêtise. Ce matin, c'est un conseil que personne n'est obligé de suivre, choisissons la seconde solution.
A propos. Puisque je mords les mollets de la radio publique, je continue. L'Humanité d'hier, journal qui a défendu et défend partout la liberté de la presse dans le monde, c'est sa marque de fabrique dans l'histoire du XX° siècle, barre sa Une d'hier d'une titre éloquent: "L'info sous pression: ils disent non". Le "ils", oeuf course, ce sont "des" journalistes qui sont présentés comme "les" journalistes. A l'intérieur, page 2 et 3, de nombreux journalistes disent leur inquiétude de manière vague et générale devant les menaces qui pèsent aujourd'hui sur la liberté d'informer en France, menaces qui proviennent d'un individu dont je tairais le nom vu que vous savez de qui il s'agit et revu qu'on le cite souvent, ce nom. S'ils pensent les choses ainsi, ils ont bien le droit de le dire, on ne peut pas plaider pour la démocratie et s'offusquer que des gens disent ce qu'ils pensent. Parmi toutes ces contributions, l'Humanité présente celle d'Hubert Huertas, un journaliste sympathique que j'ai croisé lors de mon passage à Radio France, et qui s'exprime là sous cette double bannière: "France Culture et SNJ – syndicat national des journalistes)". Il dit ceci, en deux phrases qui méritent que l'on s'y arrête: "Certes, à Radio France, on est un peu plus préservé qu'ailleurs. Mais cela n'a pas empêché Sarkozy d'être devenu le premier rédacteur en chef de France."
Autosatisfaction, gloriole et mépris sont les trois mamelles de cette forte pensée. A Radio France n'est-ce pas, on résiste, on est rebelle, courageux, bravo, quel courage, quel talent. Mais "ailleurs", un "ailleurs" indéterminé, vague, donc global, total, hélas, "Sarkozy est devenu le premier rédacteur en chef de France". En général, la chafouinerie de ceux qui portent ce débat leur fait dire que ce ne sont pas les journalistes de base de cet "ailleurs" qui sont couchés devant leurs maîtres, leur maître serait plus juste, mais la hiérarchie, les capitaines, ces pleutres qui rampent et capitulent.
Que répondre à cela? Comment dire aux porteurs de telles pensées que sans citer des faits, des actes, des femmes et des hommes, des situations, on fabrique de l'idéologie et non de l'information? Comment dire, puisqu'il s'agit de cela, à des journalistes, que le journalisme est un métier et que vouloir le défendre en s'affranchissant de ses règles, c'est précisément ce qui l'affaiblit et le discrédite? Comment le dire, et aussi, pourquoi le dire puisque cette fausse vérité est tenue pour vraie: "Sarkozy est devenu le premier rédacteur en chef de France".
Bonne journée

