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Jean Michel Aphatie 09 janvier 2008 Lien permanent

Pour la deuxième fois, l'aveu du président 09/01


Suite. Que reste-t-il, ce matin, que restera-t-il dans les jours à venir, de la conférence présidentielle d'hier? Probablement peu de choses. Une phrase elliptique sur les 35 heures concentre les commentaires. A la vérité, qui comprend encore quelque chose dans ce domaine? La réforme instituant les 35 heures de travail hebdomadaire, réalisée il y a dix ans, était complexe. Les modifications entreprises depuis huit mois n'ont pas été plus simples. Sans prétendre à l'exhaustivité, le recours aux heures supplémentaires est encouragé, et aussi des accords d'entreprises qui permettraient de s'affranchir des contraintes des 35 heures contre des augmentations de salaires. Ajoutons à cela le rachat des RTT, et on aura le tableau du contournement de la durée légale actuellement en vigueur. Le pouvoir est-il décidé à aller plus loin? C'est ce qu'a paru indiquer Nicolas Sarkozy dans sa réponse lapidaire hier. Et puis aussitôt, conseillers et ministres ont dit qu'il n'y aurait pas de nouvelle loi sur le sujet, et en tout cas pas de loi qui modifierait la durée légale du travail. En clair, le paiement des heures supplémentaires débuterait à la 36° heure. Suivez-vous encore? Peut-être pas. Là est le problème. Affronter la dureté du monde économique, l'âpreté de la concurrence, avec, dans la tête et dans les faits, un fonctionnement à ce point complexe, c'est compliquer l'installation de la confiance indispensable à l'esprit d'entreprendre et à la création de richesses. C'est ici que l'on constate le mieux, me semble-t-il, combien nous sommes loin, dans la pratique, de toute rupture avec le passé. Au contraire, comme avant, les élites politiques abordent l'économie et ses contraintes avec tellement de contournement, de complexité, que plus personne n'y comprend rien. Constat désolant alors que chaque jour davantage, si cela est encore possible, nous vivons à l'heure de la mondialisation.

Vides. On a pu mesurer, d'ailleurs, combien la politique avançait dissimulée en ces matières, hier, lors de la conférence de presse du président de la République. Dans un long discours introductif et volontariste, Nicolas Sarkozy a additionné les projets, les envies, les souhaits. Et puis, plus tard, à l'occasion d'une réponse à une question sur le pouvoir d'achat, le président a indiqué qu'il ne pouvait pas "vider des caisses déjà vides". Ces mots là sont venus dans sa bouche, spontanément, parce qu'ils sont dans son esprit. Les caisses sont vides. Il en avait déjà fait l'aveu, de la même manière, impromptue, inattendue, le 29 novembre dernier, lors d'un entretien télévisé. Et cette manière même de faire pose plusieurs questions. Pourquoi le président, presque malgré lui, y revient-il toujours? Quelle est l'intensité, la fréquence, des informations que ses services lui fournissent sur le sujet? L'un de mes interlocuteurs récents m'a assuré, lors d'une conversation téléphonique, que les services de Bercy avaient produits plusieurs notes alarmistes à la fin de l'année sur une faiblesse des rentrées fiscales susceptibles de créer un effet de ciseaux dramatique pour des finances publiques sans cesses sollicitées en faveur de dépenses nouvelles. Le même me décrivait une forme d'affolement, parfois, dans les allées du pouvoir, devant cette menace. J'ai demandé à cet interlocuteur s'il pouvait me procurer une telle note. Il m'a répondu que non, qu'il ne le souhaitait pas. Je me suis donc fait à l'idée qu'en cette matière, une partie de l'information demeure dans l'ombre et il m'a semblé qu'une part de cette ombre, justement, occupait, voire préoccupait, l'esprit présidentiel. "Vider des caisses déjà vides." La formule a quelque chose d'horrible en ceci qu'elle signale le dénuement, source du désarroi. Ne s'agit-il pas là, sous une forme surprenante et peu habituelle sur la scène politique, d'un appel à l'aide? Un peu comme si l'angoisse débordait? Ne pouvait plus être cantonnée à l'intérieur même du corps dont elle s'échappe? Et nous même, pourquoi donc, sur ce point précis, refusons-nous d'entendre la parole présidentielle? Nous l'entendons sur les 35 heures et sur le reste et là, rien, pas un commentaire, personne qui le relève vraiment. Les caisses sont vides, nous a dit hier, pour la deuxième fois, le président de la République. Comment mener une action politique quand les caisses sont vides? Ou pire, quelle action la politique doit-elle mener quand les caisses sont vides? Voilà bien la question à laquelle, tôt ou tard, les dirigeants de ce pays devront répondre.

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