Ecoutez RTL en direct

Le blog de
Jean-Michel Aphatie

à propos du blog

Informations, impressions, commentaires : mon regard sur l'actualité politique.

RSS du blog de Jean-Michel Aphatie
La charte d'utilisation du blog
5931334488
5932684075

Jean Michel Aphatie 24 octobre 2008 Lien permanent

"Les Infiltrés", épilogue 24/10


Vous souvenez-vous? C’était samedi dernier, dans l’émission « Médias, le magazine », sur la 5. David Pujadas défendait son projet d’émission, « Les Infiltrés ». Il assurait que la caméra cachée ne voulait pas dénoncer un lieux, des gens, mais un système. Et il témoignait de sa bonne foi en déclarant ceci: « La contrepartie de la caméra cachée, c’est la garantie de l’anonymat. » Il a suffi de quelques heures après la diffusion de l’émission pour que le lieu soit identifié, investi par l’autorité politique, ouvert désormais à la curiosité des juges puisqu’on annonce une enquête judiciaire et une enquête administrative. Où est donc la « garantie » de l’anonymat?

Après coup, plusieurs questions se posent. Puisque le nom, l’adresse, de la maison de retraite est désormais connue, comment a-t-elle choisie par les producteurs de l’émission? Sur quelle base? Sur quels critères? Pourquoi celle là plutôt qu’une autre, plutôt que d’autres? Etait-elle représentative de dysfonctionnements communs aux maisons de retraite, ou singulière dans son fonctionnement? L’équipe a-t-elle été alertée par des dénonciations? Au début de ce qui n’est ni un reportage, ni une enquête, et qui est donc au sens propre du terme inqualifiable, la journaliste qui va cacher sa caméra dit précisément ceci: « Après plusieurs semaines, les dossiers s’entassent sur mon bureau. L’un d’entre eux retient plus particulièrement mon attention. Il s’agit d’une maison de retraite publique. Pour décrire les méthodes de travail des soignants et les conditions de vie des résidants, je décide de m’y infiltrer. »

Que signifie « après plusieurs semaines »? Que veut dire « retient plus particulièrement mon attention »? Pourquoi choisir cette maison de retraite et pas une autre? Parce que la certitude existait qu’il se produisait là des maltraitances, et donc que la caméra cachée en enregistrait à coup sûr? Ou bien parce qu’au contraire rien ne distinguait ce lieu là d’un autre, et que ce qui se passait là serait représentatif de ce qui se passait ailleurs, représentatif, donc, du « système »?

Toutes ces questions n’ont eu aucune réponse publique. La caméra nous a embarqué avec elle dans un pacte imprécis et flou. Ce n’est qu’après la diffusion des images que les faits, implacables, en ont précisé le contour. Cette maison de retraite là marche mal. Pourquoi d’ailleurs? La secrétaire d’Etat, Valérie Létard, qui s’est rendue sur place hier a déclaré ceci: « Le premier constat c'est que nous sommes dans un établissement plutôt très bien doté en moyens financiers. C'est un établissement qui souffre plutôt d'un problème d'organisation, de recrutement et de formation. »

Vrai ou faux? La caméra cachée semblait suggérer que les moyens financiers n’étaient pas là, la faute du « système ». La secrétaire d’Etat dit l’inverse, « très bien dotée ». Que dit le journalisme? Normalement, le journalisme devrait trancher, oui, non. Quel est le budget de la maison de retraite? Supérieur ou inférieur à des normes admises? Là aussi le journalisme devrait apporter des réponses. La caméra cachée, en revanche, demeure muette sur ces thèmes.

Problème d’organisation, tranche la responsable politique. Vrai? Faux? Le journalisme aurait interrogé les dirigeants de cette maison de retraite, et confronté leurs propos à ceux des représentants du personnel par exemple, sans oublier la DASS, les élus locaux. La caméra cachée, elle, n’a pas posé de questions, n’a procédé à aucune confrontation. Elle a enregistré, c’est tout, sans questionner, comme si les faits se suffisaient à eux mêmes. Mais le journalisme, justement, ne prend son sens que dans la mise en perspective, la confrontation, la comparaison.


Sur le plateau de France 5, samedi dernier, Thomas Hugues, présentateur de l’émission « Médias, le magazine », s’est interrogé sur mon opposition au procédé de la caméra cachée. Semblant ne pas en comprendre les raisons, il a formulé, sous une forme interrogative, l’hypothèse suivante: « Il cherche à se faire de la publicité, un peu, Jean-Michel Aphatie? » Cette manière de rabaisser les individus m’a surprise, tout comme m’a étonné l’incompréhension, de la part d’un journaliste, de ce qui est en cause dans le procédé.

On peut ne pas être d’accord avec mon analyse, mais ma conviction, sincère, exprimée sans doute avec un peu d’excès mais qui n’est que la mesure de l’intérêt que je porte au métier que j’exerce, ma conviction, donc, est que le journaliste se perd, se noie, se dévalorise, en cachant son état, en dissimulant son travail, en avançant masqué. Ma conviction, c’est qu’en s’engageant dans cette voie, on perd des repères, on brouille une perspective et, au bout du compte, on court le risque énorme et insupportable de déformer plutôt que d’informer.

La publicité? Quelle honte de penser cela. La publicité est indifférente au propos. Pas les risques courus. Car il en est un autre, évidemment. J’ai noté, tout au long des jours où j’ai écrit sur ce sujet, mais plus largement sur le Net, l’écho positif que rencontrait le projet des « Infiltrés ». Enfin, du vrai journalisme, de la réalité, de la vérité. Ce soutien m’a paru ambigu et souvent pervers. Il est, à l’évidence, marqué par la terrible défiance que ressentent, en temps de crise, crise morale, psychologique avant d’être économique et financière, des citoyens face à leurs dirigeants. Peut-être de fortes raisons expliquent-elles cette défiance. Mais ce n’est pas au journalisme de les alimenter en se dénaturant.

Nous sommes déjà très loin sur la pente. Je viens de lire, sur le site de Télérama, un article consacré à la polémique provoquée par « Les Infiltrés ». L’auteur de l’article, Marc Belpois, cite les différents points de vue exprimés dans le débat et, me nommant, il précise ceci: « Jean-Michel Aphatie, pourtant profane en matière de reportages d’investigation... » Niché au coeur de la phrase, ce « pourtant » est effrayant. Comment un journalistique politique peut-il juger du reportage et de ceux qui en font? Ainsi donc le débat sur l’exercice d’un métier ne serait pas ouvert à ceux qui le pratiquent mais seulement à certains d’entre eux. Ou pour dire les choses autrement, certains journalistes feraient mieux de la boucler et notamment ceux qui restent dans leur bureau, bien au chaud, tranquille, jamais en danger, si ce n’est parfois dans lors des cocktails auxquels nous nous rendons régulièrement, la chose est connue, dans les ministères et autres lieux de perdition.

Je le répète, cette pensée là, qui galope vers le sectarisme et l’exclusion, est effrayante.

Cacher une caméra n’est pas un acte sans conséquences. C’est cela que j’ai voulu explorer tout au long des jours passés. Je l’ai fait avec sincérité, et passion, peut-être trop parfois. Mais je regrette, encore aujourd’hui, de voir trop peu de professionnels mesurer la dérive dans laquelle nous sommes engagés.

commentaires (801)

Ajouter un commentaire 22h17 chonbi 31-10-2008

L'emission "les infiltrés" porte bien leur nom, si mes grands-parents étaient traités comme il à été montrer, alors pourquoi on s'indigne d'un nouveau genre de journalisme? Il faut se poser les vrais questions à savoir: à quoi sert un être humain?

Ajouter un commentaire 11h00 pierrerené 27-10-2008

Salut zoom,

Pour ta petite, j’espère que ce n’est pas grave,

C’est toujours angoissant l’opération d’un enfant

Je suis passé par là

Tiens nous au courant

Ajouter un commentaire 09h33 Yan Amar 27-10-2008

@ 799. Le 27 octobre 2008, 09:03 par Durandal1 : "Quant à ses propositions, à savoir, une prise de participation de l’Etat dans les banques, elles me paraissent non seulement souhaitables mais nécessaires."

--------------------



Que pensez-vous de cette solution :

Que l'Etat achète -comme le font chaque jour de nombreux investisseurs- toutes les actions des banques qui l'intéresse et qui sont proposées sur le marché boursier.

Il devient chaque jour un actionnaire plus important de ces banques.

Vrai ou faux ?

Ajouter un commentaire 09h31 FRODON 27-10-2008

Erratum:



""Lorsqu'elle croît en fabriquant elle même ses propres produits, ""...lire :



Lorsque la masse monétaire croît.....



Vous aviez tous rectifiés

Ajouter un commentaire 09h30 Minie 27-10-2008

Bonjour JMA,

Bonjour à tous,



Ma pensée du matin : pour la petite fille de Zoom qui se fait opérer..

Rien de grave, j'espère.

Courage Zoom....


laisser un commentaire