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Jean Michel Aphatie 18 mai 2009 Lien permanent

Plenel, Hees, la dictature à la française, les excuses 18/05


Peut-être avez-vous suivis les divers épisodes de l’histoire qui motive ce papier. Peut-être ne les avez-vous pas suivis. Dans tous les cas, il est peu probable que vous en ayez compris les ressorts profonds, le ridicule qu’il véhicule, ce qu’il révèle de notre fonctionnement démocratique.

Vendredi matin, 8h20, Edwy Plenel, ancien directeur du Monde, fondateur du site d’informations Médiapart, est invité par France Inter pour présenter sur l’antenne son livre, « Combat pour une presse libre », édité chez Galaade. J’ai travaillé, il y a dix ans de cela, avec Edwy Plenel, au Monde. J’étais chargé de suivre Matignon, occupé à l’époque par Lionel Jospin, et je garde de cette collaboration un souvenir très positif tant le directeur du Monde était réactif, intuitif, intelligent et, pour tout dire, habité par le journalisme. Dans la période récente, Edwy Plenel s’est trouvé un combat, celui de dénoncer Nicolas Sarkozy, et il le fait sur touts les tons, tous les modes, ce qui est son droit, mais ce qui colore un peu son actuelle démarche professionnelle.

Ce ton là, cette virulence, s’entendait bien sûr vendredi matin. Et c’est d’ailleurs parce qu’il l’a entendu, dans sa voiture a-t-il dit, que Jean-Luc Hees, président de Radio France officiellement installé dans ses fonctions depuis mardi dernier, s’est invité dans le studio de France Inter sur le coup de 8h57 vendredi, pour un dialogue impromptu et très codé avec Edwy Plenel. Cette auto invitation du PDG de Radio France a déclenché un branle bas de combat dans la maison ronde. Communiqués des divers syndicats, de la SDJ, propos confus de Jean-Luc Hees à la sortie du studio pour finalement aboutir à des excuses, samedi midi, dans l’émission Plus Clair, sur Canal Plus. « Je voulais simplement saluer Edwy Plenel qui était invité de l'émission, a-t-il expliqué. J'étais derrière la vitre, en régie et un journaliste m'a fait signe de rentrer. Je suis affreusement désolé si ça a choqué. Je comprends que cela puisse choquer certaines susceptibilités mais c'est en réalité beaucoup de bruit pour pas grand chose » Assez piteux en vérité.

Voilà donc pour les épisodes. Pourquoi en parler? Pourquoi donc se mêler de ce qui s’est passé sur une chaîne concurrente? Pour plusieurs raisons. Après tout, ce qui s’est joué là, vendredi matin, intéresse le journalisme, son image, sa perception par les citoyens. Donc, pourquoi ne pas en parler? Et puis, toute la scène, dans son détail, a été si ridicule, si cocasse, mais aussi si instructive, que ne pas en parler serait frustrant. Donc, on en parle.

Il faut d’abord écouter Edwy Plenel, au micro de France Inter, vendredi matin. L’interview réalisée ce matin là est d’une rare complaisance. Rien de ce que dit l’invité n’est questionné, ou contredit. Il déroule son propos dans un rare climat de bienveillance, et à l’entendre, le péril est immense.

- L’actuel pouvoir, explique Edwy Plenel, empiète sur notre indépendance, à nous journalistes. Et il le fait au détour de notre crise de la presse.

- Le pire est à craindre?, lui est-il demandé.

- Oui, que l’on ne sache pas ce qui se passe.

Puis vient le numéro de haute voltige:

- Quand le pouvoir veut nommer lui même les patrons de l’audiovisuel public, il empiète sur nos libertés, et les confrères qui acceptent cela ne se rendent pas compte, au delà de leur carrière, au delà de leur popularité, y compris dans cette maison même, ils ne se rendent pas compte que dans ces moments là, ils ne sont pas les gardiens d’une liberté qui ne leur appartiens pas.

La pensée est un peu livrée en vrac mais on comprend que dans l’esprit de l’invité, Jean-Luc Hees a un peu bradé le journalisme en acceptant d’être nommé par le Maître, qu’il est ainsi passé de l’autre côté de la Force et que du coup, sans que ceci soit explicitement dit, il est un peu dans la situation d’un traître et d’un collaborateur, c’est à dire dans une situation un peu moche.

Ce couplet, Edwy Plenel le place sans que le journaliste n’objecte quoique ce soit, ce qui autorise l’invité à aller un peu plus loin:

- Je rappelle la Charte des droits et devoirs de Munich de 1971, notre texte de déontologie et de référence, qui dit que la responsabilité des journalistes vis-à-vis du public prime toute autre responsabilité à l’égard de leurs employeurs et des pouvoirs publics. Ce que je dis là, des gaullistes autour de Dominique de Villepin le partagent au sein de l’UMP, le Modem et Bayrou aussi, le PS le pense, les Verts le pensent, l’extrême gauche le pense. Je pense qu’il faudrait un grand front sur cette question de la liberté de l’information.

Ce passage là n’est pas moins croquignolet que le précédent. Jean-Luc Hees, si l’on suit l’analyse, néglige les textes fondateurs du journalisme en acceptant de siéger à la présidence de Radio-France à la demande du président de la République. Il pourrait cependant se racheter en rejoignant le « grand front » qui, c’est formidable, va de Dominique de Villepin à Olivier Besancenot, en passant par tout ce qui se trouve au milieu, c’est à dire beaucoup de monde et plein de gens bien. Camarade Hees, choisis ton camp!

On imagine facilement que le sang du camarade cité ait bouilli dans la voiture qui l’amenait au travail. On comprend aussi qu’il ait eu envie de répliquer, ce qu’il a donc fait en s’invitant dans le studio pour répondre à Edwy Plenel, ce qu’il a fait au demeurant d’une manière très très mesurée, ce qui prouve que l’homme a de la mesure après avoir subi la salve qu’il a subi.

Malgré tout, c’en était trop. Tout le monde lui est tombé sur le dos, à ce pauvre Hees. entrer comme cela dans un studio de la maison qu’il préside sans y être invité? mais vous n’y pensez pas. Voilà, par exemple, ce qu’a écrit le SNJ de Radio-France:

1) Cette prise directe de l'antenne est de même nature que la nomination directe. Elle ne s'encombre pas de nuances. Elle bouscule les distances et les règles. Elle dit : « J'ai le pouvoir donc je fais ce que je veux ». C'est une grande nouveauté. Une nouveauté troublante.

2) Cette nouveauté n'est pas anecdotique. Elle crée un précédent. Ce précédent créera mécaniquement un climat d'inquiétude, qui poussera à l'autocensure. Pour éviter les incidents, la tentation sera grande de ne plus inviter ceux qui diront quelque chose de contrariant sur notre PDG et sur celui qui l'a nommé.

3) Que cela plaise ou déplaise à Jean-Luc Hees, et avec tout le respect que nous continuons de lui porter, la question du mode de désignation du PDG de Radio France est bel et bien un problème énorme, ce problème pèse et pèsera sur ses épaules, qu'il le veuille ou non, et ce n'est pas en déboulant sur les antennes qu'il s'en déchargera. Sa seule alternative c'est de couper le cordon ombilical avec celui qui l'a fait roi, en résistant, y compris à lui-même.

Et voilà ce qu’a écrit la SDJ:

Avec stupéfaction, les auditeurs et les journalistes de France inter ont entendu ce matin le tout nouveau PDG de Radio France, Jean-Luc Hees, intervenir à l’antenne, alors qu’il n’y était pas convié. Une intervention « impromptue »,
selon ses propres termes. Jean-Luc Hees voulait réagir aux propos de l’invité de la matinale, le journaliste Edwy Plenel. Il a donc pris la parole pour défendre son indépendance et celle des journalistes de Radio France, affirmant qu’il en était le « garant ».
La société des journalistes salue cet engagement essentiel, pris devant les auditeurs.
Mais la forme de cette intervention a provoqué une vive émotion. Le PDG de Radio France a-t-il micro ouvert ? Va-t-il intervenir sur l’antenne à chaque fois qu’il sera question des conditions de sa nomination ? En sortant du studio, Jean-Luc Hees a dit que cette première « intrusion » serait la dernière.
Les journalistes de Radio France attendent qu’il respecte cette parole.

On peut le noter: pas un mot sur les propos tenus par Edwy Plenel, rien sur l’analyse qu’il a développé à l’antenne. Est-elle juste ou injuste? Excessive ou fondée? Pour les organisations citées, ce n’est pas le problème. Seule l’attitude de Jean-Luc Hees, reliée à l’origine de sa nomination, est un problème. Constatant ce rapport de forces à l’intérieur même de son entreprise, le nouveau PDG de Radio-France s’est donc jugé à ce point affaibli qu’il en a été jusqu’ à présenter des excuses, ce qui est tout de même une première, même si l’air du temps fait la part belle aux excuses.


L’épisode est instructif et cocasse. Le débat porte sur la démocratie et les libertés, l’attitude des journalistes. Or, de fait, une seule ligne parvient s’exprimer et à se faire entendre, celle qui dénonce la collusion supposée entre le pouvoir et les journalistes. En revanche, ceux qui comme le malheureux Jean-Luc Hees essaient de dire que ce n’est pas parce que le président l’a nommé qu’il a abdiqué toute fierté, l’honneur et le sentiment de l’indépendance, ceux là sont blackboulés, moqués, critiqués, et finalement contraints de s’excuser.

De la même façon, les lignes écrites ici sont inutiles. Elles susciteront au mieux des réactions indignées et au pire des insultes. Comment pouvez-vous nier que le Maître vous tient tous dans sa manche? Pourquoi ne reconnaissez-vous pas que vous êtes vendus corps et âme au pouvoir et à celui qui le détient? Et tant d’autres choses encore que je lirai avec attention, soyez-en sûr.

Puisque le débat est à sens unique et que seuls peuvent se faire entendre ce qui disent que la presse et ses servants sont pourris jusqu’à la moelle, redonnons donc la parole à ceux qui tenaient le micro, vendredi matin, sur France Inter.

Une auditrice appelle. Son prénom: Emmanuelle. Elle admire Edwy Plenel, déplore qu’il soit bien seul dans sa corporation pour porter ainsi la plume dans la plaie et interroge gravement:

- Est-ce qu’on ne serait pas devant la naissance d’une pseudo dictature ou d’une dictature à la française?

Réponse d’Edwy Plenel:

- Oui, bien sûr, on doit se battre au début de ce XXI° siècle au nom de Montesquieu, car tout pouvoir tend à aller au bout de son pouvoir, c’est à dire à être absolu.

commentaires (276)

Ajouter un commentaire 13h16 Le liberalisme pour les débutants 20-05-2009

Le problème n'est pas le mode de désignation, le problème est qu'en 2009, il existe encore une télé d'Etat et une radio d'Etat.



Que cette radio d'Etat defende d'une manière générale l'interventionnisme ou plus particulièrement l'action d'un puissant politique du moment n'a pas d'importance.



Ce qui compte ce qu'elle ne risque pas d'avoir un oeil critique sur les dépenses de l'Etat, puisqu'elle en vit elle même.




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L'Etat n'est pas un Dieu omnipotent, omniscient et bon.

Rejoignez les athées de la religion officielle française,

Lisez le libéralisme pour les débutants :

<a href="http://www.dantou.fr/liberalisme.htm" title="http://www.dantou.fr/liberalisme.htm">http://www.dantou.fr/liberalisme.ht...</a>

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Ajouter un commentaire 12h05 AGENCE DE NOTATION-AAA 19-05-2009

Le journalisme, ce n'est pas prendre parti, c'est porter la plume là ou ça fait mal.



Albert Londres.



AAA_____________./

Ajouter un commentaire 12h03 AGENCE DE NOTATION-AAA 19-05-2009

Bis et conclusion.



@ l'adresse de votre camarade M. Aphatie.



De la nomination du président (et directeurs?) du service public audiovisuel par l'exécutif.



M. Aphatie possède des lenteurs de gastéropode, il se meut mais n'avance point, se hâte souvent avec prudence mais sans jamais se dépasser lui-même.

Seule la question contingente l'alerte.

Que n'as-tu, petit, dénoncé ces faits (comme nous l'avions osé nous-même en d'autres temps) avant qu'ils ne se produisent, dès l'intention et bien avant le crime.

M. Aphatie est au journalisme ce que l'amour platonique est à la passion érotique.

Il voudrait tant mais n'ose pas, il souhaiterait tellement mais ne peut.

Chez certains, le journalisme mènera à tout, il suffira pour eux qu'ils n'entrent jamais dans la carrière.



Dixi sin irato.



AAA________________./

______________________ ___________________________________



cf.



Que cela plaise ou déplaise à Jean-Luc Hees, et avec tout le respect que nous continuons de lui porter, la question du mode de désignation du PDG de Radio France est bel et bien un problème énormeN [...]



J-M. Aphatie.

Ajouter un commentaire 11h45 AGENCE DE NOTATION-AAA 19-05-2009

______Tolle !__________AAA docet !_________AAA___________./

Ajouter un commentaire 11h42 merci qui !! 19-05-2009

Le 19 mai 2009 par MONTLU03 .........



"Comment une société qui se replie sur elle-même comme c'est le cas actuellement, peut elle détruire les engagements associatifs qui peuvent exister les week end, sur la base du bénévolat, ceci dit, cette valeur là, le bénévolat, ne figure pas au dictionnaire des valeurs sarkozystes."



D'abord, et d'un la "société" ne se replie pas sur elle même, jamais les engagements dans les associations n'ont été aussi important, d'autre part les opinions politiques des electeurs qui ont voté pour N.S ne sont pas toutes à globaliser, il existe des gens de toutes natures qui s'investissent dans les associations, qu'ils votent Sarko ou autres......... c'est drôle ces étiquettes que tu mets sur les gens.......... n'y en a t-il pas dans ton entourage qui ont voté sarko et qui sont des êtres humains normaux........ tu n'as pas le monopole du coeur........ tu n'as pas a globaliser ce fait là......... il existe des crapules dans toute les couches de la société......... qu'elle puisse voter à gauche ou a droite n'y change rien.........


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